A bas l’humanité

Ola amigos,

 18 février 1994, match de hand au sommet en championnat de Lorraine (ancien nom de l’actuelle Austrasie ou Alcalie ou Loralsachampi, j’avoue ne plus savoir le nom de ma région). Maxéville reçoit mon club de toujours, match que tout le monde veut jouer car les deux villes sont distantes de 10 km et ça va chauffer dur comme dans tous les derbys. On peut perdre contre les bouseux de Verdun, contre les allemands de Falck sur Moselle et autres mosellans malfaisants, mais interdiction de perdre contre Maxéville.

L’échauffement se déroule dans une atmosphère pesante, j’en profite pour toiser du regard mon adversaire direct à 4 ou 5 reprises. Le but est de le marquer psychologiquement et lui faire comprendre que le type va prendre très cher dès les premières minutes.

 A 15 minutes du coup d’envoi, ça devient irrespirable, le public hostile se presse dans les tribunes, les premières insultes sont lancées. Vraiment tout est réuni pour que ça finisse mal. Sur betclic, via mon be bop, je prends déjà le pari qu’il y aura au moins deux polytraumatisés à la fin de la rencontre.

Et là, tout s’écroule….. L’arbitre de la rencontre, Pierre Pipotin, sentant la rencontre ingérable, se fit porter pâle. Le règlement est clair, il faut que chacune des équipes désigne un joueur, l’un d’eux est ensuite tiré au sort, et il devra se coller au sifflet.

 Et donc fini pour moi, les débordements virevoltants sur mon aile droite, avec tir au ras de la tronche du gardien pour lui apprendre la vie. Terminé aussi les rêves de finir top scoreur de la rencontre garantissant de passer la nuit avec quelques supportrices impressionnées. Je me retrouvais habillé en noir, muni de mon sifflet et de mes deux cartons.

 La première mi-temps démarra avec une légère domination maxévilloise, fatalement, mon adversaire profita de la naïveté de mon remplaçant pour enfiler les roucoulettes, les tirs désaxés et autres tirs javelotés. En seconde période, mon équipe, qui ne l’est plus car je suis devenu neutre, reprit le dessus mais légèrement. A la 48eme minute, mon co-équipier (mais je ne le connaissais plus puisque je vous dis que j’étais neutre) faucha un Maxévillois. L’action méritait effectivement une sanction de 2 minutes d’exclusion… mais voilà, les 80 000 spectateurs s’attendaient à un carton rouge. La fin de match fut pour moi compliquée, toutes mes décisions étaient contestées par les maxévillois qui voyaient le match leur échapper. Je n’appliquais plus à la lettre, le règlement, car normalement une contestation, c’est dehors illico. J’essayais de ne pas envenimer un match qui m’échappait totalement. Et quand la partie se termina par la victoire de ce qui devait être mon équipe, je fus conspué, raillé, vilipendé par tout un stade et tout un club.

 En tant qu’arbitre, je fis le travail avec sûrement une dose de subjectivité. 30 minutes avant le match, j’étais conditionné pour démonter mon adversaire, le numéro 17. Et pendant le match, je devais garantir son intégrité physique et le protéger des vilains coups qui pleuvaient. Ce n’était pas facile. Je le répète, je fus même partial en ne sortant pas tous les maxévillois qui me traitaient de vendu alors que le règlement l’imposait. Je fis de la justice en tenant compte du contexte particulier.

 C’est pourquoi je comprends les polémiques actuelles sur la loi El Macrony. Comme dirait l’excellent Dominique Seux (un journaliste avec une tête à claques), les patrons anxieux n’embauchent pas car la justice est trop aléatoire. L’humain, se trompe, et donc le juge prud’homal peut avoir la main lourde. Il faut donc que la justice ne soit plus humaine, elle evrait être programmée et les sentences connues à l’avance.

Si on prend mon match de handball, il aurait été plus simple d’écrire un algorithme qui désigne le vainqueur de la rencontre, plutôt que de me laisser galérer dans ce match piège qu’avait esquivé l’arbitre désigné par la fédé. J’ai frustré tout un stade. Je n’ai pas fait des anxieux comme nos patrons, mais 80 000 fous furieux voulaient me faire la peau.

 

A l’avenir, la justice (ou l’arbitrage) doit être robotisée….  Il faut supprimer les humains, ils sont stressants à avoir des sentiments, des appréciations. De quel droit, je conservais les joueurs de Maxéville sur le terrain alors qu’ils me traitaient de connard ? Une justice robotisée les aurait désintégrés comme il se doit. J’étais trop dans le feeling, si je voulais ressortir vivant du stade, j’avais intérêt à laisser couler les insultes des joueurs maxévillois. Les émotions, la peur notamment ont fait que je n’ai plus appliqué le règlement les 10 dernières minutes.

Heureusement, que ça commence à être appliqué. Si on prend les excès de vitesse, j’ai pris deux prunes lors de mes deux derniers retours en Lorraine. Pendant ce temps-là, le sémillant Jean Vincent Placé multiplie les infractions sans jamais rien payer. La justice algorithmique fait que si « Profession » du chauffard = « Senateur » alors GOTO FIN Sinon, 90 euros dans les dents. C’est ça une justice efficace. Le stressé Placé qui aime conduire vite, sait à l’avance qu’il ne risque strictement rien, donc il peut conduire sans peur et profiter de sa Safrane mise à disposition. Et pour moi, la justice robotisée me montre bien que je dois me calmer sur la pédale sinon, je vais y laisser mon froc. C’est simple et efficace. Un juge humain aurait pu estimer que Placé en tant qu’élite du pays devrait montrer l’exemple et prendre plus cher qu’un pauvre bougre comme moi, sans le sous. C’est totalement déraisonnable.

 A bas l’humanité.

 

BenLori 

Published in:Uncategorized |on mars 14th, 2016 |

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