Marre de sauver le monde

Ola amigos,

L’UE a pondu de nouvelles réglementations en cas de faillite du système bancaire, ce qui implique de modifier quelques règles. Et ce magnifique projet a été confié à ….. Vous l’avez deviné… non ? Vous êtes cons ou quoi ? A moi, pardi.

Projet de portée internationale donc. Bref, du très lourd, avec obligation de fournir des résultats pour hier sous peine de sanctions financières de plusieurs milliards d’euros. Autant dire que la pression sur mes épaules est immense et je suis audité quotidiennement par le board pour connaître l’avancée de mes travaux. Si j’échoue, c’est indéniablement une tache noire sur mon impressionnant CV, et des portes qui se fermeront alors que jusqu’ici ma progression était fulgurante. Si je réussis, c’est une augmentation à 3 chiffres, des primes indécentes et probablement de nombreuses partenaires sexuelles qui voudront découvrir celui qui a sauvé le système financier international.

Vous pouvez aisément deviner la charge de travail que je produis actuellement, et le stress généré. Le tout en respectant les règles ubuesques du code du travail qui font que je suis obligé de respecter 11 heures de repos entre deux journées. Je ne comprends pas non plus qu’on m’impose 44 heures maximales par semaine, alors qu’une bête de compétition comme moi, quand elle est lancée, peut facilement travailler 28 ou 29 heures par jour.

C’est donc tout naturellement que je n’ai pas signé la pétition contre la Loi El Macrony. Alors que des millions de petits épargnants attendent que je modifie les règles de cession d’actifs sur multiplexage de contrats obligataires, des ponctionnaires et autres syndicalistes malfaisants veulent m’entraver avec leurs règles contraignantes. Il faut flexibiliser tout ça. Que celui qui veut sauver le monde puisse le faire librement.

Hier, j’étais donc de repos forcé chez moi, 11 heures à attendre pour retrouver mon bureau et mon passionnant projet. Du coup, j’étais contraint de regarder mes jardinières pour constater que mes petits semis commençaient à sortir de terre. Et là, j’ai eu un petit frisson extatique, j’étais heureux. C’est un sentiment étrange, je ne cuisine quasiment pas, et pourtant, je trouvais merveilleux de voir mon persil sortir de terre. Je réalisais alors que mon projet informatique à la con, ne me procurait pas le quart de la moitié du petit orgasme de la découverte de trois petites pousses de persil. Ce fut une révélation, c’est comparable à un vicomte vendéen qui il achète une bague ayant appartenu à Jeanne d’Arc contre 300 000 euros, j’étais enfin fier d’une de mes réalisations.

Je comprends mieux pourquoi El Macrony veut nous faire travailler plus… pendant nos repos, on peut découvrir des plaisirs bien plus agréables que les projets totalement merdiques qu’on nous refile au bureau. Je n’avais pas conscience que jardiner, c’est autrement plus intéressant que d’analyser des flux financiers en euro constant.

Un ancien président qui veut le redevenir avait dit « les 35 heures, c’est nul, les gens  préfèrent travailler plus pour s’acheter des choses ». Quel connard, regarder pousser du persil, c’est beau, c’est grand, c’est puissant. Et ça ne coûte quasiment rien.

Ce matin, j’ai apporté des jardinières au bureau, je fais pousser du thym, du romarin, je m’en fous des sanctions européennes pour non-conformité des taux euribor sous taxation tracfin.Voilà 6 heures que je regarde si mon romarin sort du sol, rien ne se passe pour l’instant, mais c’est beau cette terre qui travaille.

BenLori

Published in:Uncategorized |on mars 10th, 2016 |

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