On l’appelle BenLori

Ola amigos,

Cette semaine, j’ai eu du mal à bosser… trop affecté par la mort de Bud Spencer. Ainsi hier, le chagrin m’empêcha de coder un programme , j’ai donc regardé au bureau « on l’appelle Trinita ». Dans ce chef d’œuvre, Bud Spencer incarne Bambino, le frère de Trinita. Bambino est un évadé de prison qui occit un sheriff afin de prendre sa place et s’acheter ainsi une virginité à bon compte. Cette ville se trouve au prise avec « le Major », un propriétaire terrien qui entend expulser des mormons d’une vallée pour y prendre leur terre. Là, notre héro (aidé de son frère) prend la défense de nos braves fermiers, pas par justice, mais pour ne pas que le désordre éveille l’intérêt des rangers fédéraux qui bien entendus le recherchent.

Bref, notre « héro » est en fait une véritable crapule, n’agissant pas par justice, ou par de nobles idéaux, mais par égoïsme.

 Ce film vu comme un nanard par beaucoup, est en fait, une puissante analyse de la décadence de l’espèce humaine : des heros qui n’en sont pas, des méchants qui ne valent pas mieux. Le western américain présente des héros flamboyants manichéens, quand le western spaghetti, décrit des hommes tourmentés, calculateurs, sales, puants, mal rasés, juste motivés par l’argent.

 Revenons au travail… cette semaine, ma boîte m’envoie un joli mail pour me demander d’avoir une eco-conduite. Il est dans l’air du temps de sauver notre planète, et donc ma boîte pour obtenir le label Cop21 eco-responsable, nous demande d’être des héros de westerns américains, avoir une conduite irréprochable. On doit se torcher le cul avec une seule feuille de papier recyclé quand on va aux toilettes, ne pas consommer de gobelets en plastique, ne pas allumer la lumière, ne pas imprimer de papiers, manger des légumes à midi et pas de viande. Ce sont effectivement quelques gestes faciles à réaliser.

Ce qui est plus étrange, c’est quand mon collègue Vieillardo se voit menacer quand il râle sur le fait que la mission qu’on lui propose, se trouve à 3 heures de train/RER/Metro de son domicile, là, ma société n’est plus éco-responsable, elle ne trouve pas étonnant de faire déplacer un type 6 heures par jour pour cachetonner. Déplacer des populations tous les jours sur de longues distances, même avec des transports en commun, est tout sauf écologique. Bien sûr, une société éco-responsable qui veut sauver le monde, n’a pas non plus calculé que Vieillardo n’entre plus trop dans ses plans, et donc lui proposer une mission à l’autre bout de la région, permettrait de le faire craquer et de s’en débarrasser.

Bon, dans « Trinita », le « major » recrute des tueurs pour se débarrasser des mormons et des deux “héros”, on a progressé en 1 siècle.

Il est 11h30, la faim me tenaille, vais-je manger une feuille de salade comme John Wayne, ou un steack tartare comme Trinita ? Je suis tourmenté aussi tel un héro de western spaghetti… mes origines italiennes probablement qui ressurgissent ! Dois-je faire le bien alors que je ne suis entouré que de saloperies qui ne pensent qu’à leurs intérêts ?

 BenLori

Published in:Uncategorized |on juillet 1st, 2016 |Réagir »

Courage fuyons

Ola amigos,

 Ce jour, mon grand ami Galmier, cadre de top niveau mondial pour un opérateur téléphonique, est en séminaire à Paname. Si j’ai bien compris, la matinée est occupée par des conférences au sommet, et après un repas convivial, il sera alors question d’emmener les cadres dirigeants dans une « escape room ». Le principe est simple, par équipe de 4 ou 5, vous êtes enfermés dans un manoir lugubre, où vous devez vous échapper dans un temps limité. Pour vous enfuir, vous devez résoudre quelques énigmes du style « père Fouras », tout en fouillant les pièces pour trouver des indices. Bref, c’est ludique mais le but est de former des cadres de très haut niveau, à la cohésion de groupe et d’en faire de véritables bêtes de guerre à l’heure où l’Angleterre va s’effondrer et laisser des marchés à nos entreprises.

 Pendant ce temps-là, je suis dans un bureau tout aussi lugubre que le manoir des secrets. Mon but est également de m’enfuir de là. Hélas, si il est aisé pour un anglais de quitter l’Europe ou l’Euro de footix, il est vraiment difficile pour moi de trouver une issue au monde destructeur du travail. Je ne suis pas né dans une famille de rentiers, et donc je suis bien obligé de retourner tous les jours dans la tour lugubre des projets merdiques.

Prenons ce mail reçu la semaine dernière de la part de mon big boss « Merci de mettre à jour tes compétences dans le paperboard consolidé selon les normes « light » ». Jusque-là, on m’avait pris la tête avec CMMI 2, puis 3, puis l’agility Process, Process Com puis le  Lean Management chez BZB Assurance… et voilà que la mode semble être le consolidage « light ».

 Alors que mon ami Galmier cherche à ouvrir la porte jaune en répondant aux questions du maître des clés, le tout en plaisantant avec Pétassa la directrice des ventes du Grand Ouest, je suis devant un fichier powerpoint à me demander ce qu’est une norme « light ». Je reste bloqué devant cet exercice dont je ne comprends pas le sens, ni l’intérêt. Au printemps, un guignol était venu me cartographier pour connaître mes « items skills » (si les anglais ont fui l’Europe, nous, on continue à utiliser leur jargon abscons), visiblement, ça n’a pas suffi, il faut que je recommence l’exercice. Je suis comme le prisonnier de la célèbre série, je n’arrive pas à m’échapper. Tous les jours se ressemblent. Rien ne bouge, rien n’évolue sauf les lourdeurs administratives qui vous détruisent. Quelles peuvent bien être mes compétences consolidées sous « light » ? Putain, la question qui tue quand même.

 Je me rattrape en lisant le mail de mon autre grand ami Sarou…. Lui, il va se taper un séminaire sur l’agility process. Bref, mon seul plaisir est d’imaginer mes amis vivre la même vie de merde que la mienne. C’est glauque quand même !

 Galmier si tu me lis sur ton be bop sous android, si tu arrives à sortir de ta maison des secrets, fuis pour de vrai …

 

BenLori

Published in:Uncategorized |on juin 28th, 2016 |Réagir »

Delocalisation

Ola amigos

Me voilà au centre délocalisé en lointaine banlieue, là où les loyers sont peu chers, les petites frappes nombreuses et le danger partout. Dans le train, pour rejoindre le bâtiment sécurisé, tout le monde tremble, et regarde l’autre avec crainte et circonspection. Vous ajoutez mes inconscients de frères qui m’ont poussé à m’équiper d’un be bop de dernier cri, suscitant l’envie des zonards locaux. A se demander si mes frangins ne souhaitent pas ma mort, afin de mettre main basse sur mes économies (et de mon super be bop).

Ainsi  mes collègues prestataires sont majoritairement remontés en venant ici. C’est très français de se plaindre tout de même.

De mon équipe « Comptabilité Analytique et Mouvements Financiers Offshorisés », nous sommes deux à avoir été envoyés en enfer. Foldingue, le bien nommé est furieux. Je ne comprends pas très bien, il doit faire 3 heures de train pour venir, ne sait-il pas que les voyages forment la jeunesse ?

Il est jeune, encore fougueux et pleins d’idéaux. Moi, je suis résigné donc j’ai pris la nouvelle de la délocalisation avec philosophie. Arpajon, Vaureal ou Bagdad, c’est la même merde partout, les projets informatiques sont les mêmes : ennuyeux, et d’un intérêt douteux.

En fait, je suis même plutôt content, non pas que mon nouvel open space soit peuplé de nymphettes affriolantes, mais parce que vous mettez un anarchiste à 1 heure de sa hiérarchie, il ne peut être qu’heureux. Plus de points équipe, de réunions rasantes, pratiquement plus de comptes à rendre, juste quelques entretiens téléphoniques informels, des horaires calqués sur mon activité, plus de pression pour rester le soir juste par pure hypocrisie de montrer qu’on est présent. Et surtout…. Accès à youtube, et donc je bosse en musique ! Et programmer avec Corkney Rejects dans les oreilles, c’est quand même plus agréable que les discussions des collègues qui se demandent si pour un support Pipolio en ouverture multiplexé, l’état juridique du titulaire doit passer à 4 ou à 8 : problème philosophique dont je n’ai aucun avis.

 Bon, c’est pas tout ça, mais je vais faire un peu d’air guitar.

 Benlori

Published in:Uncategorized |on avril 25th, 2016 |Réagir »

I like to move it….

Ola amigos,

 Samedi, je battais le pavé entre République et Nation afin de défendre mon statut de salarié mis à mal par un patronat toujours plus vil et fourbe.

 Sa dernière trouvaille étant de me séparer de mon équipe du Crédit Guignolais pour m’expédier dans des bureaux moins chers, moins grands, peu éclairés, remplis de cafards, et de cancrelats à l’autre bout de Paris. Ce changement aura lieu la semaine prochaine à une date inconnue car évidemment, tout se fait en douce, et appris par la « rumeur ». Avant que mon commercial finisse par avouer qu’effectivement, on allait devoir travailler dans une cave pour économiser quelques deniers en locaux flambants neufs.  

 A la place d’une station de travail normale, on aura un vague TO7 trouvé dans une brocante, et tout se fera au rabais : pas de licences pour les outils de bureautique, et des écrans monochromes de 5 pouces. Et surtout un éloignement avec les collègues, ce qui promet bien des soucis de communication quand j’aurais éventuellement une question à poser. Je sens également le tabouret à la place d’un vrai siège ergonomique, sans parler du manque de toilettes pour lire l’Equipe en douce comme ça se fait partout.

 Bref, tout ceci valait bien de rejoindre samedi les manifestations organisées dans toute la France, accompagné du marxiste JL. Toutefois, je mis très rapidement mon veto de défiler sous la pancarte CGT, organisme où l’ami JL est membre. C’est donc au gré du vent que je défilais, un moment avec la Jeunesse Communiste Marxiste pour des Lendemains de Merde « JCMLM », ensuite avec la MRAC « Marxiste Revendicatif Agricole Chrétien », pour finir ensuite avec la Fédération Nationale de la Pensée Libre « FNPL ».

J’aime bien ces moments de partage, ainsi je pus échanger avec un jeune trostkyste anarchiste de la fédération des insoumis, sur la pauvreté du nouvel album de Renaud, qui fait quand même vieux con aigri. Avec Clarabelle, de la Ligue des Maoistes anti-travail, on a eu une discussion, qui me tient particulièrement à cœur « doit-on obligatoirement avoir un Be Bop au 21 eme siècle ? ».  

 Bref, une bonne balade de 2 heures, avec des gens sympathiques. De quoi oublier le temps d’un samedi, l’informatique low-cost, avec ubérisation des salaires.

 Benlori  

Published in:Uncategorized |on avril 12th, 2016 |Réagir »

BenAustrasi ?

Ola amigos,

Au 18eme siècle, Meetic existait déjà. Or le bon roi Louis le quinzième devait trouver une compagne pour faire des héritiers à la couronne de France. Actuellement sur les sites de rencontres, les mâles cherchent des femelles à gros seins mais à l’époque ce n’était pas la priorité. Il fallait que la femme soit une princesse de sang royal, jeune, et catholique. Louis XV fit donc une recherche informatique pour trouver la personne répondant aux critères de l’époque, et le programme ne lui proposa que Maria Leszczyńska.  Ce n’était pas du top choix, mais les algorithmes ne se trompent jamais, et donc c’était elle, ou passer sa vie à se masturber. Ce qui est quand même assez glauque (et peu catholique).  

 Maria était la fille du roi de Pologne, enfin, d’un des rois de Pologne. Car ce pays était constamment en guerre. Avec d’un côté le puissant royaume de Suède qui voulait faire de Stanislas Lesczynski, son sous fifre sur le trône de Pologne. Les Russes, et les prussiens, préféraient un autre type. Et bien entendu, les hommes s’étripèrent pour régler le contentieux. Toutefois, la guerre, c’est sympa 5 minutes, car ça coûte cher aux finances publiques, et ça peut être dangereux (à cette époque, les princes participaient encore aux batailles (ce que Hollande ne ferait plus)). Bref, il était quand même plus sage de se retrouver pour papoter afin de trouver un compromis. Pour Stanislas, le choix fut de lui filer le duché de Lorraine pour laisser la Pologne à son rival. Ainsi, il ne perdait pas la face, et se retrouvait à la tête d’une jolie région. Les Français, plus sournois que jamais, manigançaient aussi en coulisse, pour que la Lorraine revienne également à ce Monarque de seconde zone. Il avait une fille à marier et point d’héritier mâle. Et par quelques signatures entre puissants de l’époque, il fut convenu que la Lorraine tomberait dans l’escarcelle française à la mort de Stanislas puisque Louis XV avait pris pour épouse la fille de ce roi de Pologne déchu, devenu duc de Lorraine.

 Et c’est ainsi que je suis né français, juste à cause de la faiblesse du nombre d’inscrites sur meetic au 18eme  siècle. Si les goûts masculins en matière de femme avaient été les mêmes qu’actuellement, Louis le Quinzième aurait fait comme tous les princes actuels, il aurait pris une speakerine ou une pouffe de téléréalité et le monde aurait été profondément bouleversé. La Lorraine serait toujours un petit duché indépendant et prospère comme le Luxembourg voisin.

 On dénonce les technocrates de Bruxelles mais ça n’a rien de nouveau. Déjà au 18eme siècle, quelques « élites » décidaient que la gestion de la Pologne devait être confiée à un type, et recaser le rival à un autre poste prestigieux sans demander l’avis des peuples concernés. Tout se fit dans une totale opacité. Rebelote cette année, trois énarques parisiens, ont décidé que les lorrains devaient fusionner avec d’autres peuplades et devenir la Nouvelle Austrasie (ou Champilorialsacie, on ne sait pas encore le choix retenu).

Bref, contrairement aux vieux réacs qui ressassent que c’était mieux avant… en fait, non, ce n’était pas mieux, ni pire, c’est toujours pareil, le pouvoir appartient toujours à quelques personnes dont personne ne veut.   

  Benlori

Published in:Uncategorized |on mars 22nd, 2016 |Réagir »

Je suis le maillon faible ?

Ola amigos,

Mon service va passer de 6 à 3 SPDM (Sous Prestataire de Merde) car les projets ne sortent pas des cartons. On parle de plus en plus de digitaliser les offres connexes sur smartphone via Twitter en mode Facebookage, mais mes dirigeants hésitent à investir les 150 millions nécessaires pour entreprendre ce projet qui semble pourtant une évidence pour tout le monde. On m’a collé un be bop dans les bras depuis Noel, et c’est dingue comme ce truc est addictif. Je suis dans le métro, je rêve de m’ouvrir un contrat Pipolio en direct via Tweeter avec mon Ipote 5. Bref, il faut rapidement débloquer des fonds pour mettre en place l’achat de nouveaux « skins » de bureau pour personnaliser mon espace bancaire sur internet. Mais rien ne vient, pas un seul fifrelin.

 

On attend fébrilement de connaître les noms des trois éliminés de mon service. Il y a un côté télé-réalité des plus effrayants. Un peu comme le conseil final de Koh lantah, les internes se réunissent et votent pour désigner les éliminés. On imagine Gruselda griffonner sur son papier « BenLori » et dire à la caméra « je vote Benlori car j’attendais de lui qu’il me fasse l’amour, et il ne me relooke pas d’un regard lubrique ».  Car oui, on peut penser que le choix se fasse sur des critères professionnels mais il n’en n’est rien. On se retrouve bien avec JV Placé secrétaire d’état par simple courtisanerie. Objectivement, personne n’a jamais compris la plus-value de ce bouffon.

 La date du conseil a lieu au prochain prime time. Et je n’ai pas trouvé de totem d’immunité pour garantir ma place. Il me faut donc user des plus vils instincts humains pour conserver mon poste une semaine de plus. J’ai connu le chômage, la faim, les humiliations de Wauquiez qui compare les chômeurs à des assistés, je ne veux plus vivre ça.

 Ainsi, tous les matins, je prends le café avec les internes, c’est à dire les votants du conseil, afin de paraître sympathique.  Ainsi, quand Gruselda me dit avoir apprécié le dernier Justin Bieberon, j’opine avoir particulièrement aimé le solo de basse sur la face B de son dernier opus. Quand Ramirez me parle de la fin tragique de Danaerys Lannister occise par quelques barbares à la solde du terrifiant nain Tyron Bouletor, je fais mine de m’intéresser alors que j’ai stoppé le visionnage de Games Of Throne après l’épisode 3 de la saison 1. (quelle daube cette série !!!).

 Et donc pour suivre les conversations et donner un avis éclairé et jamais contradictoire avec mes collègues (je ne veux pas les brusquer), il me faut connaître un maximum de choses. Ce que l’on appelle dans la profession : la veille technologique. Je dois pouvoir discuter foot avec Fatimata, musique électronique avec  Borislav, et apprécier la politique de la ville de Levallois avec Gonzague qui bénéficie d’un logement grâce à l’intervention de Patrick B. Ca demande un travail de folie de connaître tout sur tout, mais c’est le prix à payer pour tenter d’être le vainqueur de “qui veut rester en prestation”.

Je retourne lire l’histoire romaine, j’en étais resté à Caracalla, aux prises avec les affranchis numides. Comme, l’auteur de Games of Throne a intégralement pompé cette époque historique, j’ai un coup d’avance sur Ramirez qui n’est qu’à la saison 5.

 BenLori

Published in:Uncategorized |on mars 22nd, 2016 |Réagir »

A bas l’humanité

Ola amigos,

 18 février 1994, match de hand au sommet en championnat de Lorraine (ancien nom de l’actuelle Austrasie ou Alcalie ou Loralsachampi, j’avoue ne plus savoir le nom de ma région). Maxéville reçoit mon club de toujours, match que tout le monde veut jouer car les deux villes sont distantes de 10 km et ça va chauffer dur comme dans tous les derbys. On peut perdre contre les bouseux de Verdun, contre les allemands de Falck sur Moselle et autres mosellans malfaisants, mais interdiction de perdre contre Maxéville.

L’échauffement se déroule dans une atmosphère pesante, j’en profite pour toiser du regard mon adversaire direct à 4 ou 5 reprises. Le but est de le marquer psychologiquement et lui faire comprendre que le type va prendre très cher dès les premières minutes.

 A 15 minutes du coup d’envoi, ça devient irrespirable, le public hostile se presse dans les tribunes, les premières insultes sont lancées. Vraiment tout est réuni pour que ça finisse mal. Sur betclic, via mon be bop, je prends déjà le pari qu’il y aura au moins deux polytraumatisés à la fin de la rencontre.

Et là, tout s’écroule….. L’arbitre de la rencontre, Pierre Pipotin, sentant la rencontre ingérable, se fit porter pâle. Le règlement est clair, il faut que chacune des équipes désigne un joueur, l’un d’eux est ensuite tiré au sort, et il devra se coller au sifflet.

 Et donc fini pour moi, les débordements virevoltants sur mon aile droite, avec tir au ras de la tronche du gardien pour lui apprendre la vie. Terminé aussi les rêves de finir top scoreur de la rencontre garantissant de passer la nuit avec quelques supportrices impressionnées. Je me retrouvais habillé en noir, muni de mon sifflet et de mes deux cartons.

 La première mi-temps démarra avec une légère domination maxévilloise, fatalement, mon adversaire profita de la naïveté de mon remplaçant pour enfiler les roucoulettes, les tirs désaxés et autres tirs javelotés. En seconde période, mon équipe, qui ne l’est plus car je suis devenu neutre, reprit le dessus mais légèrement. A la 48eme minute, mon co-équipier (mais je ne le connaissais plus puisque je vous dis que j’étais neutre) faucha un Maxévillois. L’action méritait effectivement une sanction de 2 minutes d’exclusion… mais voilà, les 80 000 spectateurs s’attendaient à un carton rouge. La fin de match fut pour moi compliquée, toutes mes décisions étaient contestées par les maxévillois qui voyaient le match leur échapper. Je n’appliquais plus à la lettre, le règlement, car normalement une contestation, c’est dehors illico. J’essayais de ne pas envenimer un match qui m’échappait totalement. Et quand la partie se termina par la victoire de ce qui devait être mon équipe, je fus conspué, raillé, vilipendé par tout un stade et tout un club.

 En tant qu’arbitre, je fis le travail avec sûrement une dose de subjectivité. 30 minutes avant le match, j’étais conditionné pour démonter mon adversaire, le numéro 17. Et pendant le match, je devais garantir son intégrité physique et le protéger des vilains coups qui pleuvaient. Ce n’était pas facile. Je le répète, je fus même partial en ne sortant pas tous les maxévillois qui me traitaient de vendu alors que le règlement l’imposait. Je fis de la justice en tenant compte du contexte particulier.

 C’est pourquoi je comprends les polémiques actuelles sur la loi El Macrony. Comme dirait l’excellent Dominique Seux (un journaliste avec une tête à claques), les patrons anxieux n’embauchent pas car la justice est trop aléatoire. L’humain, se trompe, et donc le juge prud’homal peut avoir la main lourde. Il faut donc que la justice ne soit plus humaine, elle evrait être programmée et les sentences connues à l’avance.

Si on prend mon match de handball, il aurait été plus simple d’écrire un algorithme qui désigne le vainqueur de la rencontre, plutôt que de me laisser galérer dans ce match piège qu’avait esquivé l’arbitre désigné par la fédé. J’ai frustré tout un stade. Je n’ai pas fait des anxieux comme nos patrons, mais 80 000 fous furieux voulaient me faire la peau.

 

A l’avenir, la justice (ou l’arbitrage) doit être robotisée….  Il faut supprimer les humains, ils sont stressants à avoir des sentiments, des appréciations. De quel droit, je conservais les joueurs de Maxéville sur le terrain alors qu’ils me traitaient de connard ? Une justice robotisée les aurait désintégrés comme il se doit. J’étais trop dans le feeling, si je voulais ressortir vivant du stade, j’avais intérêt à laisser couler les insultes des joueurs maxévillois. Les émotions, la peur notamment ont fait que je n’ai plus appliqué le règlement les 10 dernières minutes.

Heureusement, que ça commence à être appliqué. Si on prend les excès de vitesse, j’ai pris deux prunes lors de mes deux derniers retours en Lorraine. Pendant ce temps-là, le sémillant Jean Vincent Placé multiplie les infractions sans jamais rien payer. La justice algorithmique fait que si « Profession » du chauffard = « Senateur » alors GOTO FIN Sinon, 90 euros dans les dents. C’est ça une justice efficace. Le stressé Placé qui aime conduire vite, sait à l’avance qu’il ne risque strictement rien, donc il peut conduire sans peur et profiter de sa Safrane mise à disposition. Et pour moi, la justice robotisée me montre bien que je dois me calmer sur la pédale sinon, je vais y laisser mon froc. C’est simple et efficace. Un juge humain aurait pu estimer que Placé en tant qu’élite du pays devrait montrer l’exemple et prendre plus cher qu’un pauvre bougre comme moi, sans le sous. C’est totalement déraisonnable.

 A bas l’humanité.

 

BenLori 

Published in:Uncategorized |on mars 14th, 2016 |Réagir »

Marre de sauver le monde

Ola amigos,

L’UE a pondu de nouvelles réglementations en cas de faillite du système bancaire, ce qui implique de modifier quelques règles. Et ce magnifique projet a été confié à ….. Vous l’avez deviné… non ? Vous êtes cons ou quoi ? A moi, pardi.

Projet de portée internationale donc. Bref, du très lourd, avec obligation de fournir des résultats pour hier sous peine de sanctions financières de plusieurs milliards d’euros. Autant dire que la pression sur mes épaules est immense et je suis audité quotidiennement par le board pour connaître l’avancée de mes travaux. Si j’échoue, c’est indéniablement une tache noire sur mon impressionnant CV, et des portes qui se fermeront alors que jusqu’ici ma progression était fulgurante. Si je réussis, c’est une augmentation à 3 chiffres, des primes indécentes et probablement de nombreuses partenaires sexuelles qui voudront découvrir celui qui a sauvé le système financier international.

Vous pouvez aisément deviner la charge de travail que je produis actuellement, et le stress généré. Le tout en respectant les règles ubuesques du code du travail qui font que je suis obligé de respecter 11 heures de repos entre deux journées. Je ne comprends pas non plus qu’on m’impose 44 heures maximales par semaine, alors qu’une bête de compétition comme moi, quand elle est lancée, peut facilement travailler 28 ou 29 heures par jour.

C’est donc tout naturellement que je n’ai pas signé la pétition contre la Loi El Macrony. Alors que des millions de petits épargnants attendent que je modifie les règles de cession d’actifs sur multiplexage de contrats obligataires, des ponctionnaires et autres syndicalistes malfaisants veulent m’entraver avec leurs règles contraignantes. Il faut flexibiliser tout ça. Que celui qui veut sauver le monde puisse le faire librement.

Hier, j’étais donc de repos forcé chez moi, 11 heures à attendre pour retrouver mon bureau et mon passionnant projet. Du coup, j’étais contraint de regarder mes jardinières pour constater que mes petits semis commençaient à sortir de terre. Et là, j’ai eu un petit frisson extatique, j’étais heureux. C’est un sentiment étrange, je ne cuisine quasiment pas, et pourtant, je trouvais merveilleux de voir mon persil sortir de terre. Je réalisais alors que mon projet informatique à la con, ne me procurait pas le quart de la moitié du petit orgasme de la découverte de trois petites pousses de persil. Ce fut une révélation, c’est comparable à un vicomte vendéen qui il achète une bague ayant appartenu à Jeanne d’Arc contre 300 000 euros, j’étais enfin fier d’une de mes réalisations.

Je comprends mieux pourquoi El Macrony veut nous faire travailler plus… pendant nos repos, on peut découvrir des plaisirs bien plus agréables que les projets totalement merdiques qu’on nous refile au bureau. Je n’avais pas conscience que jardiner, c’est autrement plus intéressant que d’analyser des flux financiers en euro constant.

Un ancien président qui veut le redevenir avait dit « les 35 heures, c’est nul, les gens  préfèrent travailler plus pour s’acheter des choses ». Quel connard, regarder pousser du persil, c’est beau, c’est grand, c’est puissant. Et ça ne coûte quasiment rien.

Ce matin, j’ai apporté des jardinières au bureau, je fais pousser du thym, du romarin, je m’en fous des sanctions européennes pour non-conformité des taux euribor sous taxation tracfin.Voilà 6 heures que je regarde si mon romarin sort du sol, rien ne se passe pour l’instant, mais c’est beau cette terre qui travaille.

BenLori

Published in:Uncategorized |on mars 10th, 2016 |Réagir »

Promotion !!!!

Ola amigos,

 

Fin 2015, j’étudiais l’histoire romaine. J’appris que l’empereur Phillipe l’Arabe avait pour véritable nom : Imperator Caesar Marcus Iulius Philippus Pius Felix Augustus, Persicus Maximus, Parthicus Maximus, Carpicus Maximus, Germanicus Maximus.

 

Il s’agit en fait de son nom auquel on accole des titres ronflants. Ainsi notre Iulius Phillippus cumule le titre de César, d’empereur, d’Auguste, plus grand de Perse, de Parthes, de Germanie, et de Carpes. Après une victoire militaire dans une région donnée, vous gagnez le titre de Maximus de la région vaincue.

 

Je me demande si le management actuel ne s’inspire pas de cette vieille coutume romaine. Quand un larbin travaille convenablement, vous devez le remercier. Dans un système en déflation, vous ne pouvez pas lui donner du flouze, et donc le seul moyen de le récompenser est de lui affecter un poste à responsabilité.

 

Mais, c’est plus compliqué que ça, car la génération Y est arrivée sur le marché du travail. Et ces petits connards sont épris d’autonomie, de liberté d’entreprendre et donc se sentent mal à l’aise avec un système hiérarchique trop pesant. Donc un sous-fifre à promouvoir, ne peut pas être nommé chef car il risque d’être perçu comme un « irritant » auprès de votre personnel Y. (la notion d’irritant est définie dans les manuels de Lean Management). En management, il n’y a plus de chefs, de larbins, nous sommes tous des collaborateurs, tous des brothers … yo man.

 

L’idée est donc de créer des postes transverses, appelés « jobs à la con » avec des titres qui ne veulent rien dire. Ces gens seront donc Project Monitoring Organizer, ou Directive Council of Agility. Ce matin, j’étais audité par un Graphologic Black Belt Consultant. Bref, vous allez créer toute une série de postes totalement inutiles afin de dire merci à vos grouillots et pour montrer au bas de l’échelle que s’ils se démènent, eux aussi, accéderont à un poste à la con et auront le sentiment de progresser. Le poste est bidon, mais l’important est sa dénomination qui doit être le plus ronflant possible afin de satisfaire l’ego du méritant. On peut juste regretter que l’anglais ait remplacé le latin. Le mieux est même de dire que Grouillot est votre nouveau PMO, ou DCA, ou GBBC avec lettres prononcées à l’anglaise.

Si on reprend Iulius Phillipus, le mec était empereur, il était au taquet de sa progression, mais pour qu’il se sente bien, il fallait lui faire une cérémonie, sacrifier quelques paltoquets, et lui filer un nouveau titre à accoler à la plaque de son bureau et le tour était joué, Iulius Philippus retrouvait goût à la vie.   

 

Et c’est donc avec émotion, que je vous apprends que depuis aujourd’hui, suite à mon entretien avec mon GBBC, je suis officiellement : Benlori, Tracfin Maximus, Fatca Maximus, Consultus Agility, Cobolus Maximus, Top But Handballus, Catanus Maximus, Imperator Blogus, Creditus Lugdunum Augustus.

 

BenLori

Published in:Uncategorized |on février 25th, 2016 |Réagir »

Bullshit job

Ola amigos,

 J’ai reçu cet étrange mail de ma direction :

 Suite à une demande de notre Direction Générale, nous avons mandaté Jean Bertrand Ducon, pour la réalisation de la cartographie de nos activités chez plusieurs de nos clients.

Dans ce cadre, Jibé va être amené à prendre contact avec certains d’entre vous dans les jours qui viennent.

D’avance, je vous remercie de lui réserver le meilleur accueil, l’objectif étant qu’il puisse vous interviewer rapidement, sans mobiliser trop de votre temps.

 Schumpeter avait prophétisé la destruction/créatrice. Alors qu’un emploi de l’ancienne économie est détruit, on crée un nouvel emploi dans la nouvelle économie. Les explorateurs du 17eme au 19eme siècle ont cartographié notre monde, ont trouvé des îlots perdus, nous voilà avec des cartographes d’un nouveau genre.

N’ayant pas filé mes coordonnées à ma boîte, il y a peu de chance que Jibé m’appelle pour m’interviewer. Donc j’ignore exactement quelle est la motivation de ce type et ce qu’il cherche à savoir. Mais ça ressemble quand même à un « bullshit job » décrit par l’anthropologue David Graeber.

 

Actuellement, on se demande s’il faut revenir sur les 35 heures ? Il est évident qu’il faut m’augmenter la durée du travail, ça me permettrait de consacrer 2 heures à Jibé pour lui permettre de me cartographier. Notez que ça ne sert strictement à rien, la cartographie permet juste à des « managers » en comité de pilotage, de se masturber sur des fromages sous Excel, graphiques et autres « slides ». Voilà encore des gens qui passent des heures et des heures dans des réunions totalement vaines.

 Objectivement, il faudrait diminuer la durée du travail, je pourrais bosser deux jours, que personne ne verrait la différence avec mon activité sur cinq. Mais le capitalisme a heureusement crée des « bullshits jobs » qui font que vous devez donc passer deux heures à cartographier, trois heures à saisir vos « times sheets », puis une demi-journée en comité de supervision, et enfin, votre vendredi sera dédié à la création de l’atelier Qualité afin de vous convertir à l’Agility Process. Bref, on vous noie sous la paperasserie, histoire de vous occuper alors qu’on a réellement besoin de vous que dix heures maximum.

Il est donc logique de chercher à nous faire travailler plus. Le temps passé en cartographie est du temps en moins pour écrire ce genre de réflexion sur la profonde vacuité du travail.

 BenLori

Published in:Uncategorized |on février 23rd, 2016 |Réagir »


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